Le Pécheur. - Je regarde ma vie que vous m'aviez donnée pour vous plaire, et voici que je sens une joie qui me saisit, et je voudrais vous en faire part.
Jésus. - Et que vois-tu pour te réjouir à ce point ?
Le Pécheur. - Il est un moment de ma vie qui me réjouit, tandis que tous les autres m'affligent. Mais je songe uniquement à celui-là où ma vie est un service tel que vous l'attendez de moi.
Jésus. - Aucun moment de ta vie ne répond à ce que je demande de toi.
Le Pécheur. - Non, Seigneur, pardonnez-moi, et vous n'y avez pas pensé, mais dans ce moment là je serai trouvé parfait et agréable.
Jésus. - Ce moment de ta vie, quel est-t-il ?
Le Pécheur. - C'est ma mort. Si seulement vous ne me retirez pas l'amour dont vous m'avez promis de me poursuivre toujours.
Jésus.- Comment cela ? Dis-moi, que je voie si ton secret est de toi ou si tu l'apprends de ma grâce !
Le Pécheur.- Voici ce que je pense, Seigneur :
- J'ai mal vécu, mais en ce moment je cesserai de mal vivre ; et ce ne sera plus seulement une promesse, mais une exécution.
- Je n'ai pas rendu comme je le devais un seul instant de ma vie que je tiens de Dieu ; mais en ce seul instant, je rendrai tout entière ma vie avec un soupir.
- Je me reprends toujours après que je me suis offert, et je retourne à moi à chaque instant ; mais à celui-là, ce sera le Père qui me prendra dans ses mains, et me gardera dans l'éternité.
- Je n'ai pas cessé de résister, jamais je n'ai déposé mon mauvais vouloir ; il se brisera, et ce ne sera pas ma volonté mais la vôtre qui se fera.
- Je me suis trompé et j'ai trompé. A cette heure je serai vrai, sans doublure, sans apparence ni dehors, et ma substance se tiendra droite et dépouillée, telle qu'elle est devant vos yeux.
- Je n'ai aucune vertu ; je recevrai la forme de vos vertus. Car si je n'ai pas été pauvre, je le serai, nu et privé comme vous.
Et si je n'ai pas été pur, je me détacherai alors, m'éloignant de mes sens de tout mon esprit;
Et si je n'ai pas obéi, je le ferai, acquiesçant de la tête une bonne fois.Je serai humble, Seigneur. Le Pécheur ne connaîtra plus l'orgueil, il redescendra dans la poussière. O joie ! il ne lèvera plus les sourcils contre les hommes ni contre Dieu, mais, ce qu'il n'avait pas cru possible d'accomplir à votre imitation, il le fera, - ver de terre et non plus homme !
Alors le scandale aura cessé, et une grande allégresse et un concert se feront entendre dans tout le royaume de Dieu.O Seigneur, si seulement un peu d'amour de vous demeure en moi, je ne vous ai pas écouté, mais je vous répondrai ! Je ne vous ai pas imité, mais je me conformerai ! Je ne vous ai pas cherché, mais je vous aurai !
O Seigneur ! quand j'y pense, que je réparerai, et que jamais tant que l'homme dure il n'est trop tard pour lui, et qu'il a beau se détourner toute sa vie pour ne pas boire votre calice de salut, à la fin de sa fuite il le retrouvera tout entier à ses lèvres : et qu'alors, s'il le veut, il vivra ! O Jésus, soyez béni de la mort.
Jésus. - Ton secret, Pécheur, était le mien, et tu l'as découvert dans ma grâce.
Seigneur, donc, devancez pour moi cet instant de salut, car, en ce moment, j'y suis prêt, et le Pécheur déteste trop sa vie.
Jésus. - Tu le peux, Pécheur, tu peux avancer jusqu'à ton instant présent l'instant caché dans la sagesse du Père. Attire-le en récitant la prière que tu sais.
" Oui, Seigneur, j'accepte dès à présent, quel qu'il soit, le genre de mort qui vous aura paru bon, avec toutes ses angoisses, peines et douleurs ; je l'accepte de votre main et volontiers."