Mon Maître, vous demanderai-je d'aimer ? le Pécheur connaîtra-t-il, après le reste, cette chose ? quittera-t-il à son libre gré le monde profané pour entrer au tabernacle du Saint porté sur une flamme d'amour ?
Non, Seigneur, il ne se peut et vous ne le souffrirez pas. Mais laissez-moi seulement respirer au seuil de votre sanctuaire.
Et laissez-moi, l'ayant franchi, fermer la porte après moi sur le monde qui me poursuit.
Et si je ne puis monter plus haut ni ne le dois, laissez-moi près du baptistère, occuper la place du publicain.
Et si je ne dois pas connaître la joie de votre amour, laissez-moi, Seigneur, celle d'oublier mon vieil amour.
De dépouiller toute étreinte de douceur, comme un vêtement de fange.
De refuser tout coeur offert, comme celui qui, dans une grande douleur, refuse le pain.
Toute promesse et tout don, tout soutien qu'apportait à mon coeur le monde favorable, de le rejeter, comme un riche dédaigne l'aumône d'un passant.
Et laissez-moi l'orgueil de ne plus répondre et de ne plus savoir, sans me détourner du mur d'obstination,
De sorte que l'amour, celui qui me poursuivait, renonce à moi et perde ma trace .Mais, comme dans le sommeil du soir, l'homme ensevelit avec lui sa journée, et le lendemain il se réveille nouveau et seul,
A l'aube fraîche, et sa vieille passion ne parle plus. Il n'entend ni la haine ni l'amour endormis, mais il se réjouit en regardant l'aube d'aujourd'hui,
Ainsi Seigneur, puissé-je à l'ombre de chez vous, assoupir en moi mon coeur terrestre .
Seul derrière un pilier obscur, et mon coeur de péché se taira, tandis que dans le sanctuaire vacille une silencieuse clarté :
Je resterai et j'attendrai, fidèle Pécheur, les yeux sur le voile de votre tabernacle.