Pierre, dans sa douleur, disait : Je sais que je suis un pécheur, car j'ai péché. Et maintenant je me connais.
Je rends grâce à Dieu pour ce bienfait, de m'édifier sur un fondement véritable ; car je bâtissais sur la présomption.
Mais par mon péché j'ai appris que l'homme ne trouve sur soi aucun appui. Toute chair est comme l'herbe et toute sa gloire comme la fleur de l'herbe ; mais la parole de Dieu demeure.
Cependant, ô Dieu, pour m'établir sur ce fondement n'était-ce point assez d'une foi juste ? était-il nécessaire de pécher ?
Si Jésus a prié pour que ma foi ne défaille point, pourquoi n'a-t-il pas obtenu qu'elle s'affermît dans la pureté et non dans le blasphème ?
Si Jésus est lui-même vanneur, fallait-il que je fusse criblé par Satan ? Le bon grain appartient-il à Satan, et Jésus ne pouvait-il me cribler lui-même, séparant la paille morte du froment de ma foi ?
A Dieu ne plaise qu'il ne l'ait pu. C'est donc qu'il ne l'a pas voulu, et pourquoi ? qui m'éclaircira de mystère ?
- Ainsi interrogeait et se tourmentait Pierre, longtemps après.Pierre vit Matthieu l'apôtre, et l'ayant consulté, celui-ci dit : Tout cela est arrivé selon que l'avaient annoncé les prophètes.
Ne fallait-il pas que le Christ souffrît selon les Ecritures, et qu'il fût vendu et renié même par ses amis ?
Car il est écrit :" Ce n'est pas un ennemi qui m'outrage ; ce n'est pas un adversaire qui s'élève contre moi.
Mais toi qui étais un autre moi-même, mon premier et mon ami,
Tu partageais avec moi de doux repas ; ensemble nous allions à la maison de Dieu. "- Pierre lui répondit : Je sais que tout cela était annoncé, et Dieu a connu mon péché qui allait venir, et Jésus m'a lui-même prédit que je le renierais trois fois avant le chant du coq.
Mais pourquoi Dieu a vu mon péché alors qu'il eût pu ne pas le voir si le péché n' avait pas été, c'est ce qui demeure un mystère pour moi.
Car si tu prétends que l'Ecriture est la raison pour laquelle mon péché n'a pu s'éviter, mon frère, retire ce discours, il me scandalise.Pierre vit Jacques l'apôtre et lui dit : Mon frère, je sais que le Seigneur t'instruit, et la grâce parfaite est descendue sur toi, du Père des lumières.
Parle-moi donc à coeur ouvert, et dis-moi comment il se fait que j'aie péché.
- Jacques lui répondit : Que nul lorsqu'il pèche ne dise : " C'est Dieu qui m'a tenté. " Dieu ne tente personne.
Mais chacun est tenté par sa propre convoitise qui l'entraîne, et il cède à la faiblesse de sa chair.
Et la chair conçoit le péché, et celui-ci, à son tour engendre la mort.
Et il ne sert de rien à l'homme de ne pas défaillir dans la foi s'il défaille dans ses oeuvres par le péché, car alors sa foi est morte, et sans les oeuvres il ne sera pas justifié.
C'est pourquoi la volonté de Dieu est que nous agissions virilement, produisant des oeuvres par la foi, et non pas considérant les images de la foi comme dans un miroir.
Et toi, mon frère, un instant tu as défailli dans tes oeuvres. Mais aujourd'hui tu nous donnes par ton courage l'exemple à tous selon qu'il est écrit : " Résistez au diable et il s'enfuira de vous "
- Pierre répliqua : Tu l'as dit ; j'ai péché par faiblesse de ma chair et ma foi s'est trouvée vaine. Mais comment, mais pourquoi Dieu a-t-il laissé arriver ce malheur ? Enfin, serait-ce qu'il l'a voulu ? C'est ce que je te demande, et tu ne me réponds pas.En ce temps-là Paul monta à Jérusalem voir Pierre et Jacques, celui qui est le frère du Seigneur.
Car le Seigneur s'était saisi de Paul en possession, et Paul montra son évangile à Pierre.
A cette occasion, Pierre prit Paul à part et lui manifesta la question de son âme, et Paul lui dit
- Qui est l'homme pour entrer dans les abîmes du Seigneur, et qui saura, qui dira la hauteur et la profondeur du coeur de Dieu ?
Il a enfermé toutes choses sous la loi du péché afin que nulle justice ne prévalût que celle de Dieu ; et la grâce du Christ Jésus abonde et déborde dans le péché sur toute créature.
Et moi j'étais éloigné et il m'a rappelé des extrémités de la terre. Le Seigneur s'est révélé à moi et m'a possédé, après tous les autres il m'a fait naître comme un avorton,
Pour que les nations connaissent que je ne suis rien, et que celui qui m'a choisi, relevé et envoyé est capable d'accomplir tout ce qu'il a promis.
- Pierre dit à Paul : Il est vrai que le Seigneur t'a rappelé de loin, car tu persécutais ses disciples, tu les emmenais enchaînés à Jérusalem et tu les lapidais ; de la sorte la splendeur de la grâce a éclaté en toi.
Mais moi j'étais avec lui depuis le commencement et je l'aimais par-dessus tout. Une crainte charnelle m'a saisi dans le danger, après que j'eusse attesté ma volonté de mourir pour lui, et j'ai renié Jésus.
Où est la gloire de Dieu ? et comment le Seigneur a-t-il abandonné à lui-même son serviteur, après que sur les flots il l'avait soutenu par la main ?Après cela Pierre vit Madeleine et lui demanda encore : Dis-moi pourquoi le Seigneur a permis cela de moi ?
- Madeleine lui dit : Il y a une plus grande joie au ciel pour un pécheur qui revient que pour cent justes qui n'ont pas besoin de pénitence.
Nous autres, selon qu'il nous a pardonné, nous l'aimons ; et celui à qui il a été pardonné plus, aime plus.
C'est pourquoi, mon frère, songe à ce que le Seigneur a fait pour toi : il n'a pas seulement souffert pour le salut des hommes lointains, il a lavé de son sang ceux qui étaient près, il a pardonné à ses amis. De nouveau il a échangé l'injure la plus cruelle contre son amitié d'auparavant.
Et de même que les anges du ciel se réjouissent de ce que sa grâce a fait cette merveille, nous autres bénissons-le et aimons-le désormais uniquement.
- Pierre lui dit : Si le ciel pour se réjouir a besoin de pécheurs, les pécheurs ne manquent pas ; qu'avait-il besoin de moi ?
Je sais ce que je dois à Jésus pour m'avoir pardonné. Mais si au lieu de cela il m'avait assisté dans ma faiblesse, me fortifiant de telle sorte que je pusse le soutenir lui-même dans sa passion, le bienfait serait-il moins grand, et lui en saurais-je moins de gré ?
Pourquoi n'a-t-il pas voulu épargner l'outrage que je lui ai fait ? je vois les regrets et l'inquiétude qui m'en restent, mais je ne vois pas plus d'amour.Et à quelque temps de là, ils se réunissaient tous dans une maison de Jérusalem pour prier ; Pierre se tenait à la droite de Marie, mère du Seigneur.
Tandis qu'il priait Pierre regardait Marie, dont la vue le remplissait de toute suavité,
(Car tous ceux qui regardent la Sainte Vierge, quels qu'ils soient, leur âme resplendit d'allégresse.)
- Et aussitôt il se dit : Voici celle contre laquelle aussi j'ai péché.
Et soudain, de nouveau, les larmes jaillirent, la douleur fit irruption dans sa prière.
Marie vit le trouble de Pierre, elle tourna vers lui son regard de divine bonté,
Où Pierre retrouvait le regard de Jésus lorsque celui-ci le regarda au chant du coq. Mais Marie cependant paraissait heureuse.
- Mère, lui dit-il se rapprochant et parlant à voix basse, ce que j'ignore vous le savez, et ce que nul ne m'a dit, peut-être en cet instant me le ferez-vous connaître :
Ce que Dieu voulait de moi, ne le pouvait-il autrement ? O Mère, dites-moi enfin pourquoi il a permis cela ?
- Marie répondit à Pierre, en secret :
C'est pour que tu pleures.